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Dans le
monde du Bien, les collectifs poussent comme des champignons à l'automne. A l'instar du sans papier, de l'intermitent du spectacle, de
l'enseignant pro-pygmés, le chercheur a lui aussi son collectif: le collectif "sauvons la recherche". Mais contre quoi se battent nos vaillants chercheurs collectivisés? quelle
menace met la recherche en péril? Gros naif que vous êtes, vous pensez aux imbéciles qui détruisent des champs expérimentaux, aux restrictions légales qui entravent les
recherches sur les OGM ou sur les cellules souches, vous pensez au poids idéologique qui écrase toute recherche un peu originale en génétique des populations, ou sur le réchauffement
climatique... Et bien vous pensez mal. Pour sauver la recherche il faudrait, selon la pétition du collectif susdit, dans l'ordre:
1 – Que toute évolution du dispositif de recherche se fasse dans le
respect de l’autonomie scientifique et des principes de collégialité et de démocratie des institutions universitaires et de recherche.
2 – Que des moyens suffisants, financiers comme humains (chercheurs et enseignants-chercheurs, personnels
de soutien technique et administratif), soient attribués aux universités et aux organismes, sur une base pluri-annuelle. Les établissements pourront ainsi construire une politique
scientifique, leurs laboratoires pourront développer leurs propres projets et le principe de fonctionnement de la recherche et de l’enseignement supérieur sur la base de postes
statutaires, garant d’une indépendance effective, sera préservé.
3- Que le CNRS couvre tous les champs du savoir, afin de pouvoir développer une politique scientifique
globale et faire collaborer les disciplines entre elles.
En clair, les chercheurs veulent faire ce qu'ils veulent (1), avec plus
d'argent (2) au sein d'un CNRS aussi planifiant et sovietoide qu'en 1945 (3). Bref protéger un vrai et Grand Service Public de la recherche que le monde nous envi (sans doute).
Pour avoir une idée de ce qu'est un grand et beau service public de la
connaissance, visitons le site
du CNRS.
Premiere impression, le site a des airs de on-s'en-fout-personne-ne-viendra-jamais-nous-lire assez déroutant:
- La présentation des bilans changent de forme chaque année.
- Les effectifs du département "science de l'homme et de la société" passent bizarrement de 3900 en 2004 à 20 000 en 2007. (le
chiffre des effectifs ne tient meme pas sur le graphique...).
- Le site du CNRS utilise un moteur de recherche vintage qui vous rappelera
avec émotion la premiere guerre du golfe, le crépitement d'une connection 56ko, les 12 minutes de comètes netscape pour
charger une page, bref nos 20 ans dans les nineties (le CNRS emploie 1500 chercheurs dans les télécoms).
On apprend que le CNRS compte 3 fois plus de chercheurs en sciences sociales (sociologues, ethnologues, historiens, archéologues...) que de physiciens: 4000 contre 1300.
Le département "science de l'homme et de la
société" bénéficie d'un dotation globale
de 253 millions
d'euros en 2007. Soit, bon an mal an, 2
milliards et demi pour dix années. De quoi lancer un genre de programme Appolo sur la compréhension des rituels pygmés, ou passer la moitié de la vallée du nil
à la brosse à dents.
En sale poujadiste que vous êtes, vous vous posez sans doute cette question:
Quelles découvertes majeures font 4000
chercheurs d'Etat en science sociale en une année?
Pour y répondre nous cherchons le rapport d'activité du CNRS.
Le dernier
rapport d'activité publié sur le site date de
2004. Sur les 113 pages que comptent le rapport d'activité, 7 sont consacrées aux
''percées scientifiques majeures''. Et sur ces 7 pages une est dédiée spécifiquement aux percées scientifique majeures de notre département "sciences de l'homme et de la société" (à 250 millions
d'euros par an).
Alors là, accrochez vous, les deux percées scientifiques majeures en sciences humaines l'année 2004
sont (P.19):
1) la découverte d'un chat domestiqué à Chypre en 7000 av JC.
2) la traduction d'un manuel de mathématique chinois du premier siecle.
Fichtre! et on parle là de " percée
scientifique majeures", imaginez ce que peut etre"
une avancée modeste"...
En somme, pour l'équivalent de 10 000 appartements, ou 400 000 écrans plats, ou 1 million de playstations, ou 50 millions de livres de poche, ou 4800 ans de vacance aux seychelles,
une dream team de 4000 chercheurs-fonctionaires bouleversera complètement votre vision de l'interaction homme-chat au
néolithique.
Naivement vous pensiez que le CNRS était un organisme mettant des moyens techniques
à la disposition des esprits les plus brillants de leurs générations. En fait non, le CNRS est un
''organisme citoyen pour une
science au cœur de la sociéte''(p.98). Le CNRS se mobilise citoyenement pour la parité homme/femmes dans la recherche dans les télécoms en
participant à l'opération " des carrieres scientifiques pour tous'' (p.113), au colloque Gender Action Plan (p.112), au journées d'études ''renforcer le genre dans la recherche" ainsi qu'au décisif séminaire '' genre et militantisme"...
Un collectif en somme...( à 3 milliard d'euro par
an).
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